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La Porte, banale et extraordinaire

Mots clés : maison, porte, territoire
Par Perla Serfaty Garzon (BazikPress)
Porte, banale et extraordinaire

Nous ouvrons et fermons tant de portes dans une seule journée ; nous voyons et manipulons tant de portes de forme, de taille, de style et de matériaux si différents que nous ne pensons pratiquement pas à leur importance. Et pourtant … leur nombre et leur diversité suffisent à montrer que nous ne pouvons nous passer des portes et que nous nous préoccupons beaucoup des portes à tous les moments importants de notre vie.

 

 

 

 

 

 

Passons donc en revue les idées qui nous permettent de comprendre les significations et les enjeux des portes et voyons où cet examen nous conduit.

 

 

La porte est l’un des plus vieux éléments qui organisent l’espace humain. Cette barrière - matérielle, mécanique, thermique, visuelle et acoustique - peut prendre la forme d’une claie, d’un tissu, d’une planche de bois, d’un panneau de verre ou de métal etc. pour clore une tente, permettre un accès à travers une clôture, fermer une grotte, une hutte, une maison ou un immeuble, etc. La porte concrétise l’idée de fermeture d’un territoire déjà cerné.

 

 

Porte

Parce que cette barrière perce la limite des murs et parce qu’elle est mobile, elle formalise à la fois l’ouverture d’un endroit et la possibilité d’entrer et celle d’empêcher d’entrer. Elle formalise aussi la possibilité de sortir des limites et d’interdire ou de limiter cette sortie. Ainsi toute porte, en établissant une différence entre un dedans et un dehors, donne de nouvelles qualités à un territoire.

 

 

La distinction entre intérieur et extérieur crée la distinction entre « ce qui se fait » à l’intérieur et les comportements et conduites socialement définies et considérées comme acceptables à l’extérieur. Dedans/dehors n’est pas seulement une distinction topographique mais aussi et en même temps une distinction psychologique et morale. L’intérieur devient l’espace de l’intimité (individuelle ou domestique et familiale) tandis que l’extérieur devient le territoire de la sociabilité et des échanges éphémères (entre amis et voisins, mais aussi avec les passants et tous les habitants du quartier ou de la ville).

 

 

 

 

Risques d’intrusions

 

L’articulation entre « fermé » et « ouvert » pose immédiatement la question du contrôle et de la défense : Qui a le droit d’ouvrir et de fermer la porte ? Qui défend la porte contre une possible intrusion de l’intérieur ? Qui décide qui peut entrer et sortir ? Les portes sont associées à des maîtres – pensons aux maîtres et maîtresses de maison - et à des gardiens – pensons aux portiers des châteaux, aux concierges des immeubles, aux sœurs tourières des couvents et même aux chiens de garde des fermes, des résidences secondaires et des pavillons de banlieue.

 

 

Porte

 

La matérialité de la porte nous aide à lire les territoires. Elle rend intelligibles nos espaces de vie. En même temps, elle sépare deux mondes sociaux, psychologiques et moraux que nous franchissons tous les jours, que l’on rentre chez soi ou que l’on en sorte, que nous pénétrions dans un édifice public ou que nous allions rendre visite à quelqu’un chez lui ou à son bureau.

 

 

Quand il s’agit de la maison, la porte abolit temporairement chaque fois qu’elle s’ouvre les limites du chez-soi et fragilise ce que le « dedans » établit : un univers protégé et protecteur, un lieu sûr où l’habitant construit son identité et dont il contrôle les qualités. La porte ouverte ou entrouverte expose l’intimité des habitants et augmente le risque de l’intrusion sociale non désirée. Elle risque de surcroît d’entraîner l’intrusion dans l’univers domestique de tout ce que ce dernier refuse du monde extérieur, soit ses différentes formes d’incivilités, de violences, de désordre, de saleté et qui sont toutes des impuretés.

 

 

Car la maison est le lieu d’une lutte incessante contre la saleté et le désordre et un effort constant vers une manière policée de vivre ensemble. Tout le monde n’est pas vainqueur dans cette lutte et ne vit pas toujours avec succès cet effort. Mais habiter et construire un chez-soi passe par cela.

 

 

 

 

La maison, un peu comme un temple

 

Pour maîtriser ces intrusions – sociales et matérielles - chaque culture a ses rites et rituels de franchissement du seuil de la maison. Plusieurs cultures du proche et du lointain Orient, par exemple, continuent à attendre de tous les visiteurs et des familiers de la maison qu’ils se déchaussent avant d’entrer. L’impureté matérielle est ainsi tenue en dehors de la maison.

 

Porte

L’impureté morale aussi, à la façon dont l’entrée dans bien des temples demande que l’on se déchausse. L’accès au sacré exige ce dépouillement, ce geste qui marque sa séparation avec l’univers profane. Car dans ces traditions orientales comme dans les traditions juive et chrétienne, la maison porte aussi en elle quelque chose du temple. Elle n’est pas un lieu sacré mais elle partage certaines des qualités d’un lieu sacré puisqu’elle est, comme ce dernier, un lieu à part qui abrite ce qui a valeur suprême, soit la vie même de ses habitants.

 

Et, de même qu’on n’entre dans - ni sort - (d’) un temple sans cérémonie, on ne franchit pas une porte sans accomplir certains gestes qui relèvent de la civilité et /ou de rituels religieux. Dans certaines régions de France, il était d’usage de se signer en franchissant la porte de la maison surmontée de la croix. La coutume juive est d’effleurer de ses doigts le petit rouleau de parchemin portant la profession de foi sur l’unicité de Dieu placé sur les montants des portes et de les porter rapidement à ses lèvres.

 

La porte ferme et ouvre la maison au monde extérieur. Elle la protège et la rend vulnérable. Elle n’appartient ni au dedans ni au dehors. Et pourtant elle est double. Cette particularité va expliquer sa place dans notre univers domestique et sa force symbolique.

 

 

http://www.perlaserfaty.net/

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